Introduction

Graphiste de formation j'ai passé mes études à analyser l'image, ses moyens de diffusion et sa mise en valeur. Finissant mon master 2, je me suis intéressé à la création de contenus plutot qu'à leur mise en forme. Je suis ainsi parti en reportage avec un ami journaliste pour me former à l'écriture et au terrain.


Vague migratoire
aux Balkans

En aout 2016 le journaliste Thomas Devenyi et moi-même sommes ainsi partis en Serbie pour travailler sur l'évolution des routes migratoires au cœur des Balkans. Durant 3 semaines nous avons suivi des groupes de réfugiés venus du Pakistan, d'Érythrée ou d'Iran qui souhaitaient traverser la frontière Hongroise illégalement afin de rejoindre l'Allemagne.
Nous avons tiré de cette enquête deux diapos-sonores et un article publié le 21 septembre dans le quotidien "Luxemburger wort".

Deux sites nous ont particulièrement préoccupés : Belgrade, capitale de la Serbie et Horgos, ville frontalière, point de passage pour traverser le grillage qui entoure la Hongrie et zone interdite aux journalistes.

Traverser la frontière illégalement n'était pas un fait nouveau. Mais depuis plusieurs semaines les réfugiés revenaient dans les camps ou chez "Médecins sans frontière" victimes de fratures et de morsures de chiens, qu'ils attribuaient aux policiers Hongrois. Notre enquête nous a permis de recueillir des vidéos d'amateurs qui ne témoignent pas d'une implication évidente de la police mais font part de la grande détresse des migrants livrés à des violences en pleine campagne serbe. Nous avons pu intégrer le groupe d'un passeur à Horgos et ainsi l'accompagner au cours de la traversé de la frontière. À l'aube ils ont disparu du côté hongrois avant de nous informer de leur arrivé à Berlin quelques semaines plus tard.

Cette expérience m'a questionnée quant à l'utilisation de documents d'amateurs dans le cadre d'un reportage. Une recherche d'autant plus stimulée par la sortie à la même période du documentaire "L'exode" (de Canal+, BBC et Keo Films) constitué d'images tournées par des migrants avec des téléphones offerts par des journalistes à leur départ. De retour en France j'ai ainsi creusé les usages historiques et contemporains de l'image amateur par la presse à travers l'écriture d'un mémoire de fin d'étude.

Mémoire : L'image d'amateur
au service de la presse professionnelle

J'ai effectué mon master en didactique visuelle (graphisme) au sein des "Arts Décoratifs de Strasbourg". J'y ai rédigé un mémoire autour d'une question : Pourquoi utilise-t-on des images d'amateur dans la presse ? De l'assassinat de Kennedy à Abou Ghraib en passant par les abattoirs français, qu'apporte l'amateur à la technique et l'expertise du professionnel ? Ce travail de plusieurs mois m'a permis de cerner les intérêts mais aussi les risques qu'impliquent l'usage de ce type de document dans une optique d'information. Le document complet est disponible ici.

Durant cette période j'ai été accepté au sein du programme "La Monde Académie" qui offrait 4 semaines de formation à 25 jeunes non journalistes. Au cours de ce programme nous étions encadrés par Florence Aubenas pour réaliser des réportages sur des temps d'une semaine. Notre dernier reportage fut publié dans les colonnes du journal papier.

Les mineurs isolés de Calais
avec Le Monde

Lors de cette 4e semaine notre équipe s'est rendue sur le camp de Calais pour le dernier jour du démantèlement de la "Jungle" et observer la dispersion des milliers de réfugiés qui attendaient l'occasion de passer en Angleterre. Au troisième jour du démantèlement les forces de l'ordre et les pompiers patrouillaient dans le camp pour éteindre les nombreux feux et évacuer les habitants, bénévoles et journalistes. Plusieurs visites sur les camps de Calais et Grande-Synthe nous ont amenés à faire le portrait de 5 avocates versaillaises et des mineurs isolés qu'elles soutenaient. Avec leurs homologues de Calais elles ont accompagné plusieurs d'entre eux dans leurs démarches pour rejoindre l'Angleterre via le processus de prise en charge de l'État qui n'est pas toujours privilégié par cette propulation.

Suite à ces différentes expériences sur le terrain liées à une production de textes et de photographies, j'ai voulu m'investir dans le médium de la vidéo. J'ai ainsi rencontré Élisabeth de Bézenac, architecte et photographe, pour travailler sur un film au sujet de l'exploration urbaine.

Touristes Rois

En 2017 j’ai co-produit un film sur la visite décalée des lieux emblématiques de Strasbourg. À l’image de touristes capricieux, nous avons réalisé nos fantasmes d’exploration, trouvant les moyens d’accéder à n’importe quel espace de la ville, ouvert ou fermé à clé, avec ou sans autorisation.

Ce protocole nous a amené à prendre place sur la scène de l’Opéra de Strasbourg, dans le jardin botanique, au milieu de la salle du plus vieux cinéma d'Europe ou sur les tombes du cloitre et de Saint-Pierre le Jeune, autant de lieux où nous n'aurions pas du nous installer.

Cette attitude se rapproche des pratiques d'Explorations Urbaines (Urbex). Elles sont motivées par le désir de pénétrer des lieux pour voir et profiter de ces espaces que le quotidien ne nous permet pas d'atteindre. Friches industrielles, bâtiments historiques, toits, souterrains, infrastructures utilitaires sont autant de places qui offrent des perspectives et expériences inatendues à ses visiteurs.

Les échecs sont notre prétexte pour habiter les lieux, le laissé-passé pour convaincre nos interlocuteurs de nous préter les clés, l'occasion de s'arrêter dans l'espace pour le détourner de sa fonction et le faire raconter une autre histoire.

Enfin, à la sortie de mon diplôme, j'ai intégré plus distinctement le monde de la presse professionnelle en effectuant un stage de 5 mois en tant que graphiste et journaliste dans le média "Usbek & Rica". Mes missions se partageaient alors entre le pôle direction artistique et rédaction. Cette expérience m'a confirmé mon désir de travailler à plein temps pour le monde du journalisme. Je garde ainsi bon contact avec la rédaction et travaille pour ce journal comme pigiste.

Articles web
chez Usbek & Rica

Lors de mon passage chez "Usbek & Rica" j'ai participé aux publications numériques de la rédacrion sur des sujets variés comme la photographie, les nouvelles technologies ou les innovations scientifiques dans le domaine médical : Rencontres d'Arles : le futur ira de pair avec la transcendance
Ci-dessus, une image de Jonas Bendiksen exposé lors des "Rencontres de la photographies d'Arles" 2018 que j'ai couvertes pour le magazine. Le thème de cette année était "Retour vers le futur", un sujet que plusieurs auteurs comme Jonas Bendiksen, Laura Henno ou Matthieu Gafsou ont traité en suivant des communautés qui imaginent le futur au prisme d'une transcendance spirituelle. L'article complet est disponible ici. Mouvements de la main, vitesse de frappe : des gestes anodins qui peuvent vous trahir
Les montres connectées et smartphones collectent des informations sensibles à partir d’attitudes dont nous n’imaginons pas devoir nous méfier, du mouvement de notre main au dessus d’un distributeur de billets à l’imprécision de nos doigts sur notre smartphone lors d'une commande d'Uber après en fin de soirée arrosée. Cet intérêt pour l’imperceptible permet aux entreprises d’obtenir des renseignements à notre sujet, avec notre accord mais sans que nous en soyons conscients. L'article complet est disponible ici. Le cancer du sein bientôt détecté par des chiens ?
À l’heure où l’université d’Harvard essaie de modéliser un corps humain sur ordinateur, et où l'intelligence artificielle fait déjà d’aussi bon diagnostics que les radiologues, d’autres initiatives se détournent de la manufacture humaine pour faire parler l’expertise animale. Parmis elles, K-dog, un programme de recherche qui dresse des chiens au dépistage du cancer du sein grâce à leur odorat. Un projet prometteur, mais qui se distingue tant de l'approche technologique habituelle qu’il peine à se frayer un chemin dans le monde médical. L'article complet est disponible ici.

Section photographie
d'Usbek & Rica

J'ai eu la chance de prendre en charge la section photographie du magazine papier, soit une douzaine de pages qui mettent à l'honneur le travail d'un auteur. Mon rôle recoupait la sélection du photographe, le choix des photos et la réalisation de l'interview. Le premier photographe invité dans le numéro 22 était Mishka Henner dont la pratique se rapproche du journalisme d'investigation qu'il pratique à l'aide d'outil de prise de vue comme Google Earth ou Street View. Ci-dessus, une de ces images les plus connues : un lac aux couleurs d'un cœur pourpre. Celui-ci s'avère être un réservoir qui collecte les excréments des milliers de vaches dans les enclos avoissinants. Les "FeedLots" (fermes d'engraissement) sont nombreuses aux États-Unis et leur lobby puissant. Elles ont ainsi appuyé des lois interdissant aux journalistes de prendre en photo ces infrastructures peu respectueuses des conditions de vie animales. Un vide juridique entoure la responsabilité de Mishka Henner qui a produit ces images via Google Earth, images qui ont fait scandale auprès de l'opinion public américaine au point d'en faire changer lesdites lois anti-lanceur d'alerte. Le second artiste invité dans le numéro 23 de Juillet 2018 est Matthieu Gafsou. Matthieu Gafsou s’intéresse aux angoisses de l’homme et aux stratégies qu’il met en place pour s’en protéger. Après "sacré", une série sur la religion, puis "Only God can judge me" sur le milieu de l'héroïne à Lausanne, il explore celui du Transhumanisme pour qui la mort, la maladie, le rejet par la société sont autant de problèmes auxquels la technologie peut rémédier. Ci-dessus, page 68, des chirurgiens implantent un boitier sur la colonne vertébrale du patient. Celui-ci lui permettra d'envoyer de petites décharges électriques qui interferont avec les signaux de douleur de son corps, vers une maitrise de la souffrance corporelle.

Hugo Serraz
+33 (0)6 32 52 98 62
hugoserrazx[at]gmail.com
FR — Paris

Diplômé de la Haute école des arts du Rhin (Arts décoratifs de Strasbourg) en 2017.

© 2018, Hugo Serraz
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